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Point de vue · Lecture 7 min

Supply chain : ce que coûtent vraiment les silos entre le plan et l'exécution.

Dans la plupart des organisations que nous accompagnons, la supply chain est coupée en deux. D’un côté le plan : S&OP, prévisions, budgets de stock, un horizon en mois. De l’autre l’exécution : entrepôt, transport, achats, un horizon en heures. Chacune des deux moitiés fait correctement son travail. C’est l’articulation qui coûte cher, et ce coût n’apparaît sur aucune ligne budgétaire.

Signé par nos experts Supply Chain & Operations · prise de position, retour d’expérience et recommandations

Le symptôme est facile à reconnaître. Les planificateurs et les opérationnels ne fréquentent ni les mêmes systèmes ni les mêmes réunions. Le plan se construit dans un outil, souvent complété de tableurs ; l’exécution vit dans l’ERP, le WMS, le TMS. Entre les deux, des exports, des ressaisies, et surtout un décalage de rythme : le plan se revoit au mois, l’exécution décide à l’heure. Quand la réalité dévie, l’information met des semaines à remonter jusqu’à ceux qui planifient. Elle remonte d’ailleurs rarement telle quelle : chacun l’arrange un peu en chemin.

Le coût n’est pas dans les licences

Quand une direction cherche à chiffrer ses silos, elle regarde d’abord ce qui se voit : les outils redondants, les interfaces à maintenir, les doubles saisies. Ces coûts existent. Ils sont pourtant marginaux à côté de trois postes que personne ne mesure, parce que chacun les considère comme le fonctionnement normal de la maison.

Le premier, ce sont les stocks tampons que chaque maillon ajoute pour se protéger des autres. Le planificateur qui ne croit plus aux délais annoncés gonfle ses stocks de sécurité. L’entrepôt, échaudé par une rupture passée, garde une réserve officieuse. Les achats, qui doutent de la prévision, commandent large. Chaque coussin est individuellement défendable ; leur somme immobilise un fonds de roulement que personne n’a jamais décidé d’engager. C’est la traduction financière directe de la méfiance entre fonctions.

Le deuxième poste, ce sont les urgences. Quand le plan et l’exécution ne se parlent pas, l’exécution apprend vite que le plan est négociable : il suffit qu’un client ou un commercial appelle assez fort. Chaque commande traitée hors plan déclenche sa cascade de surcoûts, transport express, heures supplémentaires, autres commandes décalées. Le plus grave n’est pas là. Le plus grave, c’est la leçon que l’organisation en tire : le circuit officiel est le circuit lent. À partir de ce moment, l’urgence devient le mode de gestion ordinaire et le plan une fiction que l’on met à jour par politesse.

Le troisième poste est plus discret : les arbitrages faits deux fois. La réunion S&OP tranche, par exemple entre deux marchés à servir sur une capacité contrainte. Puis, trois semaines plus tard, un chef d’équipe tranche à nouveau la même question au quai de chargement, avec d’autres critères et sans connaître les premiers. L’entreprise paie deux fois le même arbitrage et n’obtient la cohérence d’aucun des deux.

Les silos ne se voient pas dans les licences. Ils se voient dans les stocks que chacun ajoute pour se protéger des autres.

Pourquoi l’ERP intégré ne règle pas la question

On pourrait croire le problème soluble par la technique : un ERP unique, des modules de planification et d’exécution sur la même base, et les silos disparaissent. Nous aimerions que ce soit vrai. Un système intégré exploité par une gouvernance en silos produit simplement des silos mieux interfacés. Si la prévision reste la propriété du commerce, le stock celle de la logistique et le délai fournisseur celle des achats, chaque fonction continue d’optimiser sa variable, sur des données désormais partagées. Le système garantit que tout le monde lit le même chiffre ; il ne garantit ni que chacun en tire la même décision, ni surtout que quelqu’un réponde de la boucle complète, de la prévision à la livraison. Cette responsabilité de bout en bout ne s’installe pas par paramétrage.

C’est pourquoi nous nous méfions des programmes qui commencent par l’outil. Un nouveau moteur de planification posé sur une gouvernance fracturée sera contourné comme le précédent, en mieux documenté.

Par où commencer : petit, mais en boucle complète

Face à ce constat, la tentation est le grand soir : refonte du S&OP, nouvelle plateforme, déploiement général. Notre conseil est inverse. Choisissez un flux, un produit ou une famille de produits, sur un site, et reconstruisez-y une boucle courte entre plan et exécution : la prévision alimente le plan, le plan pilote l’exécution, l’exécution remonte ses écarts sans les maquiller, et les mêmes personnes regardent les mêmes chiffres à un rythme rapproché, hebdomadaire plutôt que mensuel. Trois mesures suffisent pour juger la boucle : le niveau de stock, le taux de service, la part des urgences.

Ce périmètre réduit a une vertu que les grands programmes n’ont pas : il oblige à trancher les questions de gouvernance en vraie grandeur, là où l’erreur reste rattrapable. Qui gèle le plan, et sur quel horizon ? Qui a le droit de déclarer une urgence, et qui en supporte le coût ? Que fait-on d’un écart de prévision : le cache-t-on ou l’exploite-t-on ? Une fois ces règles éprouvées sur un flux, elles s’étendent aux suivants. L’outillage vient alors à sa place, en second : un cœur S/4HANA qui porte le plan et l’exécution sur la même donnée, une couche analytique qui donne aux deux populations la même vue des écarts. Dans cet ordre, la technologie consolide une discipline qui existe déjà. Dans l’ordre inverse, elle l’attend indéfiniment.

Notre pratique de la supply chain part systématiquement de là : non pas du choix d’un outil, mais de la boucle plan-exécution la plus courte qui puisse faire ses preuves.

Du plan à l’exécution

Combien vous coûtent vos silos ?

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